Municipalistes : un débat nécessaire

En 2020, lors des élections municipales, Alenka Doulain à Montpellier, Margot Medkour à Nantes et Marianne Maximi à Clermont- Ferrand ont chacune dirigé des listes Nous sommes Montpellier, Nantes en commun1et Clermont en commun ; cela a marqué l’émergence de nouveaux mouvements « municipalistes » . LVSL ( le vent se lève) s’est entretenu avec elles dans une longue interview croisée de 15 pages que nous vous invitons à retrouver en ligne : https://lvsl.fr/municipalisme-ce-que-nous-construisons-ne-doit-pas-nous-echapper/

Voici quelques notes et remarques. synthétiques

Pour rappel les résultats seront respectivement de 9,25%à Montpellier, 8,95% à Nantes et 12,32% au 1er tour et 15,08% au second tour et à Clermont-Ferrand.

Ces résultats sont tout à fait significatifs et le fruit d’une campagne et d’un travail militant tout à fait remarquables.

Alenka Doulain et Margot Medkour notent le caractère inédit de leurs campagnes construites ex nihilo, à partir de considérations très liées au contexte  de leur ville respective – brouillage du clivage gauche-droite à cause des politiques menées et des fonctionnements entre élu -e-s au niveau de leurs métropoles. Pour ce qui est de Clermont, le soutien de la FI, la continuité avec le Front de Gauche et la LCR comme forces d’opposition de gauche est mise en avant.. (tout au long de l’interview cette expérience est en toile de fond)

Les questions de métropolisation et de politique d’attractivité à tout prix sont mises en avant très fortement ; ainsi Margot Medkour déclare « Nous travaillons pour que la ville soit le cœur de la vie, de la cité, et non le cœur de la vie économique. Nous souhaitons également lutter contre celles et ceux qui nous dépossèdent de la ville, qui nous repoussent en dehors de la ville par la gentrification : on nous dépossède de nos quartiers en décidant de leur architecture à coups de bétonisation ».

L’expérience barcelonaise est fortement soulignée comme inspiration sur les questions de démocratie et d’écologie sociale.

L’insistance est très forte sur les questions de construction de programme à la base : cela va au delà de ce que peuvent les forces politiques traditionnelles qui ont quasiment toutes et tous des « listes citoyennes » prétendant construire le programme « avec les gens » , c’est en effet étayé par l’idée que « on peut changer le monde en commençant par parler à ses voisins et ses voisines pour s’organiser collectivement »., comme enjeu de repolitisation du plus grand nombre.

Dans la suite de l’interview, très fortement chez Alenka Doulain et Margot Medkour,  est très présente l’idée que la ville est l’échelon qui permet le mieux de combattre le capitalisme, en y  construisant des alternatives écologiques, démocratiques et sociales. Ce point mérite une discussion : on voit mal en effet comment dans le contexte de politique d’austérité, de réduction considérable des marges de manœuvre budgétaires des collectivités locales, des équipes municipales « en commun » pourraient faire des démonstrations de politiques alternatives sans changements profonds à une échelle plus large que celui de la commune ou de la métropole. Certes, sur le plan des pratiques politiques,de la démocratie, du rapport des élu-e-s à la population, il y a des marges au niveau communal mais qui sont très faibles sur les questions sociales et écologiques.

Sont ensuite discutées les questions de place dans l’institution, sachant que du côté de Nantes il n’y a pas d’élu-e-s alors que à Montpellier et Clermont-Ferrand, est mise en avant  l’articulation entre l’intervention au conseil municipal et celle sur le champ des luttes et du mouvement social est au centre des préoccupations ( formule « un pied dedans un pied dehors » )

Il est quand même dommage qu’aucune question n’ait été posée sur la question du second tour ; maintien possible à Clermont-Ferrand après le refus d’une fusion technique par le PS, fusion avec la liste du milliardaire populiste à Montpellier, et opposition assumée de NEC d’une fusion à Nantes avec le PS auraient mérité des points de vue a posteriori et une discussion.

Au delà des dynamiques possibles, même si plus ou moins fortement dans les 3 expériences, il y a refus de se revendiquer de la gauche, il y a une distance importante mise avec le « vieux » mouvement ouvrier traditionnel au sens large ( associations, syndicats, partis) il n’y a aucun doute à avoir sur l’appartenance de ces courants à « notre camp social ». Des signaux d’alerte doivent néanmoins être observés ( la fusion à Montpellier en est un mauvais) sur ce point. En effet, une façon novatrice de faire de la politique, le dynamisme, la jeunesse, la féminisation importante des équipes qui se sont mobilisées dans ces campagnes sont des points extrêmement positifs. : discutons  et agissons avec eux, comme avec des courants politiques sans éluder les confrontations programmatiques nécessaires – les deux points les plus problématiques étant certainement

1/ le municipalisme et le communalisme dont ils se revendiquent sont ils LA  réponse aux enjeux sociaux , écologique et démocratiques auxquels nous sommes confronté-e-s ?

La ville est vue essentiellement comme un lieu que ses habitant-e-s devraient s’approprier ( ce qui est juste) mais quid de celles et ceux qui y travaillent ? Du coup la question de l’articulation entre social et écologie est plutôt esquivée. De ce point de vue aussi, pour ce qui est de Nantes et Montpellier, l’insistance très forte au refus de la bétonisation et la densification laisse en suspens la question de la nécessaire construction de logements sociaux .

2/ la question des alliances politiques à passer ou à ne pas passer à un moment ou un autre et la question du rapport avec le mouvement social existant et les générations militantes plus anciennes. Sur ce point, d’ailleurs, les pratiques à Clermont d’un côté et Nantes-Montpellier sont divergentes .

Nantes le 31 mars 2021

PS) Ce texte est le résultat d’échanges entre quelques militant.e.s nantais d’Ensemble!44. Bernard Galin en a assuré la rédaction finale.